
Voilà.
Je viens de voir la bête.
Un divertissement horrifique qui se regarde facilement.
Mais un divertissement quand même un tantinet soporifique

.
Je m’explique...
Saw (Décadence) appartient à un genre cinématographique aux codes clairement définis. Il faut plonger le spectateur dans une atmosphère étouffante, le bousculer et le tenir en haleine jusqu’à la résolution finale. Pour ce faire, on utilise les stratagèmes du rebondissement, d’une mise en image trash, de la violence et beaucoup d’interrogations. Car un tel film repose essentiellement sur les mystères :
- Pourquoi suis-je séquestré ?
- Qui suis-je vraiment pour mériter cela ?
- Comment vais-je faire pour m’en sortir ?
- Quel est donc le méchant bonhomme qui se cache derrière cette mascarade ?
- Blablabla…
De nombreux films ont recours à ce genre d’artifices. Je pense notamment au très réussi
Phone Game de Schumacher, ou au magnifique
Old Boy de Chan-wook. L’original
Cube fait aussi parti de ceux-là. Mais les frontières mystérieuse du film de Vincenzo Natali sont beaucoup plus vastes que le petit
Saw qui pourtant à bénéficier d’un meilleur budget. On y retrouve d’ailleurs la même entame : des protagonistes se réveillant et se questionnant sur leur emprisonnement dans un lieu clôt retiré, apparemment, du monde de la civilisation. Les tensions psychologiques et physiques entre les personnages de
Cube et de
Saw sont assez proches. Mais la comparaison s’arrête là. Car
Saw quitte rapidement les sentiers sinueux et fantastique de
Cube pour aller se glisser sur l’autoroute d’une autre référence en matière de thriller horrifique.
Si vous avez aimé
Seven de David Fincher pour son aspect glauque et malsain, vous devriez tomber sous le charme de
Saw. Les similitudes sont… comment dire sans trop exagérer ( ?) … totales ! Tout comme Fincher, James Wan apporte un grand soin à la mise en scène de ses crimes : esthétisation maximale de l’environnement bourré de détails crasseux ; démonstration minutieuse des mécanismes plus ou moins ingénieux mis en place par le psychopathe pour trucider ses futures victimes ; sophistication poussée des mises à morts ; enquête policière parallèle pour retrouver le méchant ; esthétisation maximale de l’environnement bourré de détails crasseux (je crois que je l'ai déjà dit, nan ?)… Bref. Rien de vraiment nouveau depuis
Seven, qui en tant que précurseur et succès international, ne cesse d’inspirer les scénaristes en manque d’imagination. Alors vous allez me demander : mais y’a vraiment rien de particulier dans ce film ? Et je vous répondrai : si, quand même, un petit peu...
Là où
Saw se différencie de son aîné, est qu’il va un plus loin dans l’horreur. Autrement dit, le spectateur est le témoin privilégié de la mise à mort des victimes. Cela signifie plus de sensations fortes mais surtout une volonté de surenchérir la violence malsaine et implicite de
Seven. Et cela n’est pas forcément un plus pour
Saw car une démonstration explicite n’est pas toujours aussi percutante qu’une évocation elliptique. Mais
Saw, en tant que film de genre, se devait tout de même de passer le cap de la simple allusion et confronter sa clientèle à l’horreur. On reste tout de même très loin d’un film gore, je rassure ceux qui aiment les ambiances saignantes... mais pas trop
L’autre particularité de
Saw est qu’il met en scène un psychopathe qui ne tue pas frontalement ses victimes. Sans vous dévoiler la seule originalité du film – laquelle est divulguée rapidement par l’histoire, cet individu est en effet suffisamment ingénieux pour ne pas se salir les mains et laisser ses victimes se débrouiller au milieu de structures architecturales dangereuses mis en place par le chef d’orchestre. Vous me direz : encore une personne qui se prend pour Dieu ! Et bien oui. Un individu omniprésent, qui contrôle admirablement (et invraisemblablement) les règles du jeu tout en ayant un léger penchant au voyeurisme. Tiens ! Ca me rappelle d’autres films…
The Game de (encore) Fincher par exemple, voir même certaines séquences de la série
24 heures Chronos… Bon. Ok. Finalement, Saw n’est pas si particulier que ça. Mais quand même. La résolution finale devrait vous étonner un peu. Surtout si vous avez aimé
Usual Suspect 
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Je m’arrête là avant d’avoir cité tous les bons films qui ont rencontré un certain succès auprès du public. En somme, vous l’aurez compris :
Saw est pour moi un bon petit ragoût composé des meilleures ingrédients marquants d’un cinéma qui commence sérieusement à sentir le réchauffé. A voir tout le même pour ceux qui aiment le bricolage et sont en manque d’idées pour réaliser des aménagements "à la mode" dans leurs maisons et appartements.
PS : J'avais oublié de dire qu'effectivement, le site officiel de
Saw reflète bien l'ambiance du film. Je vous conseille vivement d'aller y faire un tour car la promotion de cette réalisation est originale (un peu comme le site officiel de l'excellent Donnie Darko). Ceux qui ne sont pas encore convaincus devraient être intrigués par l'intérêt de cette
Décadence cinématographique...